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La Nouvelle Tribune : Le pays s’est positionné pour devenir une véritable plate-forme logistique. Comment appréciez-vous cette nouvelle donne, en tant qu’acteurs logisticiens?

M. Mustapha El Khayat : Le Maroc a, certes, un avantage comparatif au point de vue position géographique. Il n’a pas vraiment de points noirs au niveau des infrastructures. Casablanca, poumon économique du pays, est bien desservi à la fois par la route (autoroute), le port et l’aéroport. Le bât blesse sur le trafic routier entre Agadir et Casablanca, la saturation des véhicules liée aux activités des ports de Casablanca et de Tanger, ou encore sur la congestion aux abords de Tanger. Des solutions sont envisagées, notamment le désenclavement du sud par un projet d’extension entre Marrakech et Agadir. La création du port de Tanger-Méditerranée, accompagnée par la construction de nouvelles infrastructures pour mieux relier ce nouveau pôle logistique au reste du pays, la prolongation de l’autoroute au Nord de Larache vers Tanger-ville et Tanger-port, l’embranchement ferroviaire vers Tanger-Méditerranée, au sud de Tanger, le shunt ferroviaire au Nord de Kenitra pour éviter le détour actuel vers la ligne de Fès et assurer une liaison plus rapide entre Tanger et Casablanca, sont édifiants.
Remarquez qu’une plate-forme logistique caractérise la distribution moderne. Elle permet de mutualiser différents coûts comme le foncier, la manutention et les coûts salariaux pour une qualité de service plus importante. Les plates-formes peuvent être un lieu de création de valeur ajoutée et d’emplois. Pourtant, à l’heure actuelle, l’offre de prestataires logistiques est faible au Maroc. Casablanca, en dépit d’un foncier prohibitif, se développe tant bien que mal.
Au delà du cas de la zone logistique sous douanes, il est évident que Tanger est déjà l’autre pôle de développement de plates-formes logistiques au Maroc, avec un potentiel très important autour du port de Tanger-Méditerranée. Ces installations devraient servir au développement des zones franches industrielles ou à organiser la distribution des importations à partir du nouveau port.

Jusqu’à présent quelles sont les entraves qui se sont érigées dans l’accomplissement de vos activités?
L’offre de services de qualité dans le transport routier de marchandises est très faible.
Les contraintes globales au développement des activités logistiques tiennent à des causes comme l’accès au foncier (notamment dans la région de Casablanca) ou bien à l’environnement fiscal ou réglementaire  (problèmes de régimes de TVA ou le manque de développement des magasins sous douanes dans les entreprises exportatrices). Le faible développement des prestataires logistiques et le manque de sensibilisation à l’importance de la logistique parmi les entreprises marocaines ne contribuent pas à l’émergence de ces services. Nous déplorons aussi les coûts et délais du passage maritime ou portuaire, qui sont des handicaps sérieux. Enfin, il y a cette vulnérabilité du transport routier aux activités illégales qui gêne.

Pour réussir le pari d’entrer dans l’économie mondiale, en maîtrisant des flux internationaux de plus en plus complexes, quelles sont les orientations stratégiques à prendre?
La réussite de la transition du Maroc vers une logistique moderne passe par la réalisation de deux grands objectifs.
D’une part, pour l’amélioration de la logistique extérieure du Maroc, notamment envers l’Union Européenne, il est nécessaire qu’elle soit une vecteur d’activité au Maroc, à la fois au travers du développement de nouveaux services, mais aussi par la diffusion d’attitudes et pratiques modernes dans les entreprises marocaines exportatrices ainsi que celles qui produisent sur le marché local.
Or, il faut noter qu’il s’agit d’un sujet transversal qui recoupe beaucoup de thèmes d’interventions qui, le plus souvent, relèvent de champs d’action partagés entre le secteur public et le secteur privé. Le développement de la logistique ne pourra se réaliser sans la mise en œuvre d’une coopération entre l’État et les entreprises.
D’autre part, une coopération positive, inspirée de l’expérience très positive du programme d’action pour le tourisme (NDLR : Contrat- Programme avec l’État). Une coopération tripartite entre l’État, les entreprises et les organismes spécialisés dans le développement économique ou la formation, pourrait aider à surmonter les problèmes cités plus haut.
L’un des facteurs-clés de la réussite du plan d’action sera la capacité à vraiment impliquer les entreprises directement concernées par les mesures. C’est vrai non seulement pour la définition des actions mais aussi leur mise en œuvre. Etre à l’écoute des utilisateurs est également fondamental pour la mesure des résultats et la capacité à faire évoluer les actions proposées dans le domaine des services publics. C’est pourquoi le pilotage du plan d’action devra être épaulé par une capacité de collecte d’indicateurs auprès du public et du privé sous forme d’enquêtes d’utilisateurs de ces services, par exemple.

Plus concrètement comment se déclinera-t-il ?
La coopération pourrait comporter trois axes principaux. Une structure de pilotage privée-publique dont la fonction serait de mobiliser les acteurs, superviser la mise en œuvre des projets confiés aux chefs de file compétents, et mesurer les résultats. Des projets visant à améliorer la logistique extérieure du Maroc notamment envers l’Union Européenne. Et enfin, des initiatives ayant pour but le développement de la logistique comme vecteur d’activité au Maroc, à la fois au travers du développement de nouveaux services, mais aussi par la diffusion d’attitudes et pratiques modernes dans les entreprises marocaines.

Propos recueillis par
Daouda MBaye


Biographie Express de Mustapha El KHAYAT

Détenteur de plusieurs diplômes en économie, en droit et gestion ( IAE-Aix-En-Provence) et de doctorats, dont un doctorat d’Etat en logistique et transport ( Univ. d’Aix-Marseille II), un doctorat en Droit Privé (Droit Maritime), un diplôme d’habilitation à diriger des recherches en droit( université de Paris II), Mustapha El KHAYAT, 55 ans, est président de l’AMLOG. Parmi ses autres activités, il est Professeur aux universités,  Directeur du CRESTTIL et du Master Management logistique et transports à l’Université Hassan II Mohammedia. Expert auprès de la Banque Mondiale, ce professionnel éclectique est également Expert près du CETMO  -Barcelone, Consultant auprès de Drewery Shipping Consultant –London, Directeur extérieur au CRET-LOG, Université de la Méditerranée, Membre de l’IMTM -Marseille, de l’AFDM et de l’Académie Européenne. Ancien cadre d’entreprises de transport et de commissionnaire des transports, M El Khayat est aussi Fondateur- associé de LOGITRANS (conseil- études –formation en logistique) SARL.

La nouvelle Tribune  du 9/2/2006

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