Adhérents

Top Panel

Les nouvelles exigences d’un marché international, plutôt ouvert, imposent aux entreprises des livraisons à temps. Tout retard se paie cash, en termes de réductions d’exportations et de clientèle perdue. Aujourd’hui, alors que les pouvoirs publics ont décidé de faire du Maroc une véritable plate-forme logistique, quels sont les rôles présents et futurs que les entreprises et les acteurs logisticiens veulent assigner au secteur du transport et de la logistique, paramètre déterminant de compétitivité?

Pour commercer avec le reste du monde, il est nécessaire d’importer, d’exporter, de stocker, de distribuer..., des marchandises, mais dans les délais convenus, pour créer de la valeur. Maîtriser et optimiser les maillons de la chaîne logistique, pour satisfaire les donneurs d’ordre, plus axés sur des livraisons «juste à temps» sont les mots d’ordre dans la profession.
En termes d’infrastructures de transport et de logistique, le Royaume n’est pas mal loti. De plus, des projets de grandes infrastructures sur Tanger Méditerranée, un programme autoroutier ambitieux..., les nouveaux services indispensables aux multinationales, tels que prestataires et plate-formes logistiques, pour stockage, entreposage, consolidation et assemblage de marchandises, emballages expéditions autoroutiers ou portuaires sont envisagés sinon entamés.
Transversal par excellence, ce secteur touche toutes les activités économiques et apparaît incontournable. Cependant, sa vulgarisation est encore à faire. Très récemment, un professionnel se hasardait à avancer que «la logistique est un métier naissant au Maroc, malgré le fait qu’il soit à la base de toute activité», avant de s’empresser de renchérir que « … c’est l’avenir!» Mais qu’en est-il de l’efficacité dans les échanges nationaux et internationaux? Des stratégies industrielles plus performantes sont adoptées, l’organisation logistique prend de la dimension dans les entreprises industrielles marocaines. Certaines se concentrent sur leurs métiers de base, et externalisent la fonction logistique auprès de prestataires spécialisés, tandis que d’autres s’entourent des derniers outils informatiques (EDI, ERP, Informatique nomade embarquée, progiciels de gestion d’entrepôts, …) pour maîtriser la complexité de la chaîne logistique.
Actuellement, avec la complexité des flux internationaux, il est impératif aux entreprises, qui veulent gagner des parts de marché, de maîtriser leurs coûts de transactions et de livraisons. Aujourd’hui, cette fonction a trouvé la place qui lui revient dans ce pays si proche du continent européen.

Un développement satisfaisant

Sur le marché, il y a la présence de filiales de multinationales, de PME ou encore d’entreprises familiales. Les ténors tels que Geodis Logistics Maroc(supply chain, transport logistique), Marotrans (TIR), Militzer & Munch (transport, commissionnaire), Timar (TIR), Graveleau Maroc (TIR), Logismar (entrepôts frigorifiques), Gapi Group (prestataire logistique, stockage et entreposage sous douane), APM Terminals (opérateur terminal à conteneurs), Indusparc (location de modules industriels), Logistica- Sofilog (location d’entrepôts), … tirent vers le haut le secteur. Sans équivoque, toutes ces entreprises créent de la valeur, emploient directement et indirectement plusieurs milliers de personnes. Aussi, elles rivalisent d’imagination pour satisfaire la clientèle, proposant une large palette de produits et services. Militzer & Munch est en train de développer un combiné aérien- route, dont on dit beaucoup de bien.
Pour M. Mathieu Junca, Directeur Marketing du Groupe Gapi, le secteur du transport et de la logistique est en pleine mutation au Maroc, parce qu’intimement lié aux transformations des industries marocaines. Comme en Europe, et souvent forcés par leurs donneurs d’ordres, les industriels marocains se recentrent vers leur core business, en externalisant les fonctions sans véritable valeur ajoutée pour leur activité (dont le transport et la logistique), dit-il. Il s’est empressé d’ajouter que «Ces fonctions doivent être confiées à des entreprises, dont nous faisons partie, qui sont de véritables professionnels du secteur et qui sauront s’adapter aux besoins, sans cesse en mutation, de leurs clients». Il est vrai qu’au plan de la formation de logisticiciens, pour le moment, assuré à l’Institut National de Formation des Transports Routiers, à l’ISCAE, à l’École Supérieure des Industries du Textile et de l’Habillement, ou d’instituts privées (IPLT), il reste des efforts à faire, nous susurre-t-on.

Doter l’arrière-pays d’infrastructures

Synonyme de modernité, les plates-formes logistiques tendent à devenir, dans certains pays, des pôles attractifs pour la localisation des activités. M. Mustapha El Khayat, Président de l’Association Marocaine pour la Logistique (Amlog),  rappelle qu’elle s’oppose à un entrepôt car elle implique des activités multiples, une gestion active des stocks plutôt que passive. Les conditions sine qua non de constitution d’une plate-forme logistique sont l’accès à un terrain industriel localisé près des grandes infrastructures multimodales et l’existence de prestataires logistiques capables de gérer ce type d’infrastructures. Ce professionnel trouve que ces deux éléments essentiels doivent être développés au Maroc. La région de Casablanca, et Tanger et son Port sortent du lot. A Casablanca, étant donné la difficulté d’accès au foncier et son prix (jusqu’à 60% de l’investissement total), ce type d’investissement est découragé et ne peut être que le fait d’entreprises possédant déjà un patrimoine immobilier important, nous assure-t-on. Deux types de plates-formes ou de projets de plates-formes y existent actuellement. Au départ les projets qui ont vu le jour sont des plates-formes avec des surfaces limitées de 1.000 à 5.000 m2, gérées ou construites par des logisticiens. On peut citer à cet égard Oukacha 1 et 2, Atlantic Logistic, Géodis, Militzer & Munch, Maersk Logistics, Logismar et Acima. Même si le mouvement a été rapide dans les dernières années, ces installations sont généralement créées à la demande d’un donneur d’ordres important comme Décathlon, McDonald’s, LG ou Unilever, souligne le Président d’AMLOG. Néanmoins, déplore-t-il, les surfaces consacrées à ces infrastructures demeurent faibles et contraintes. Aussi, ce type de service ne peut véritablement être proposé qu’à des chargeurs qui ont un volume d’affaires assez faible. Heureusement qu’aujourd’hui dans la région de Casablanca, il existe trois projets de plates-formes avec des surfaces supérieures à 100.000 m2, à savoir ceux de la SOFILOG, du parc Chefchaouni et de l’ONCF. Conscients de l’importance du défi logistique, ces entreprises ont décidé de mettre en valeur leur patrimoine immobilier, mettant ce type d’installations à la disposition des grands chargeurs marocains. Lorsque tous ces projets fonctionneront véritablement, le sous-équipement de la région de Casablanca devrait être largement comblé. Pour les grandes villes régionales du pays, ce problème conserve toute son importance, selon nos sources. Il existe aujourd’hui  entre 250 et 300 dépôts dans la région de Marrakech, ce qui implique un transport inefficace et coûteux.

Un véritable hub au nord du Maroc

Hormis les projets dans la région de Casablanca, le projet de zone franche logistique de 130 hectares, directement adjacente au port de Tanger Méditerranée, qui augure dans un futur proche d’une nouvelle donne au Nord du pays, mérite d’être cité, insistent les opérateurs. Ce type d’installations revêt une autre forme de plates-formes logistiques. En effet, TMSA envisage de dédier cette zone à des activités commerciales essentiellement off-shore. Il s’agit notamment de permettre à de grands opérateurs européens ou non européens, d’établir une base logistique à Tanger pour la distribution en Europe. Pour ce faire, TMSA a d’ailleurs établi un partenariat avec l’opérateur de la zone de Jebel Ali aux Emirats Arabes Unis, et un consortium dirigé par Eurogate. Dans pas longtemps, un véritable hub logistique émergera à Tanger Med. Il est difficile de prédire l’avenir de ce genre d’initiatives, avertit cet expert. De son avis, il y a des différences fondamentales entre Jebel Ali et Tanger. Il avance que le fait d’avoir une liaison excellente avec les producteurs asiatiques peut ne pas suffire au succès de la formule. Les comparaisons qu’il fait des deux centres l’amène à conclure que Jebel Ali, ou Singapour, s’est développé en étant au centre d’un marché de pays peu développés au plan industriel et peu intégrés d’un point de vue logistique, tandis que Tanger Méditerranée est à la périphérie d’un marché de pays industrialisés, très sophistiqués au plan de l’organisation de la distribution. Sauf niche particulière, il n’est pas sûr que l’implantation d’une plate-forme logistique à Tanger Méditerranée optimise la logistique de distribution en Europe à cause du trajet routier relativement long et coûteux, projette-t-il. En expert chevronné en la matière, il soutient qu’en revanche, cette localisation est certainement très intéressante pour des opérateurs souhaitant distribuer au Maroc à partir d’un entrepôt sous douane, tel que Maersk Logistic qui opère déjà une plate-forme de ce type dans la région de Casablanca pour des importateurs asiatiques. Par ailleurs,  en profitant du développement  du transbordement, par exemple vers l’Afrique de l’Ouest, rejoignant ainsi le concept de Jebel Ali, la place Tanger-Med peut créer de la valeur ajoutée.

Pros et pros

La professionnalisation de l’activité est appelée par tous les opérateurs que nous avons rencontrés. Pour M. Junca, c’est un préalable pour offrir un service aux normes et de  grande qualité. Nous avons recueilli le même son de cloche auprès de M. Philippe Pillaud, Intégrateur de solutions logistiques, D G de Logis Truck. Cette société implantée au Maroc depuis 2001 est spécialisée dans la logistique et son environnement matériel. C’est un prestataire maître-d’œuvre, pilotant à travers le choix de ses différents partenaires (prestataires pour le stockage et/ou le transport, producteurs de matériels ou de logiciels), l’ensemble d’un processus logistique pour le compte des industriels ou distributeurs, tout au long de leur déploiement logistique.
Pour se distinguer de la concurrence, chaque société déploie sa propre stratégie. Concernant l’infrastructure elle-même, Atlantic Logistic du Groupe Gapi, est une structure avec une énorme capacité de stockage 10.000 m2 de construit et un projet pour la fin de l’année de 20.000 m2 supplémentaires. Sa zone d’exploitation est ultra sécurisée, et bénéficie naturellement d’un emplacement géographique stratégique (proximité du port, basé sur un axe fluide, dans un secteur industriel). Les entrepôts sont neufs et aux dernières normes internationales pour satisfaire les clients, qu’ils soient transporteurs ou industriels. L’offre de stockage est la plus large du marché. A l’origine, cette entreprise proposait seulement une superficie de location d’entrepôts de 1.000 m2 pour les sociétés désireuses de grands espaces de stockage. Devant la demande, elle a décidé d’élargir le champ de ses compétences en proposant d’autres produits supplémentaires comme le stockage à la palette à la semaine, l’entreposage sous douane et les prestations logistiques associées (enlèvement, livraison, manutention, gestion de stock, préparation de commande, etc.
Logis Truck partage la même satisfaction. A noter que parmi sa clientèle figure EXEL, leader mondial de la logistique, à qui elle assure le conseil en stratégie de développement, note M. Pillaud.
C’est une preuve supplémentaire que l’accueil, qui est réservé aux offres, est généralement bon. A Atlantic Logistic, sur la partie location d’entrepôts de 1.000 m2 les clients sont satisfaits des locaux loués. Maintenant, le staff de cette entreprise se penche sur la pré- location des futurs entrepôts, livrés fin 2006, et surtout sur le développement de nouveaux produits de stockage (palette, sous douane, etc.).
Pour réussir un transport et une logistique, les opérateurs du secteur appellent, d’une seule et même voix, à plus de professionnalisme. M. Junca milite pour que tous deviennent des experts au service des clients. Afin qu’ils les voient comme des partenaires et non plus comme des prestataires, ce qui n’est autre que leur slogan. M. Pillaud qui avoue que  Logis Truck est dirigé par des professionnels de la logistique, ayant une expérience multi- culture du métier et exercé des postes d’encadrement dans l’industrie, la distribution, la production de services logistiques en France et au Maroc, partage cet élan vers plus de professionnalisme.
Tout n’est cependant pas nickel. Le secteur souffre de tares, comme les coûts et délais de passage maritime ou portuaire, foncier prohibitif, environnement fiscal et réglementaire, qualité de service qui laisse parfois à désirer, vulnérabilité du transport routier aux activités illégales, carence de cadres…, (voir Entretien) et gagnerait à s’améliorer en impliquant tous les partenaires transversaux. Un judicieux partenariat public privé (PPP) pallierait à la rareté des plates-formes. En effet, aujourd’hui, les institutions publiques ou parapubliques, possédant un patrimoine immobilier, ne sont pas conscientes de l’intérêt stratégique de consacrer une partie du foncier pour la constitution de telles plates-formes logistiques qui sont essentielles pour le développement de la logistique moderne au Maroc. En outre, les pouvoirs publics doivent comprendre que ces opérations mettent en valeur l’immobilier mais revêtent une importance stratégique, martèle M. El Khayat. Pour illustrer son propos, il précise que le raccordement sur les grands réseaux de transport, lorsqu’il n’est le fait que de quelques centaines de mètres, devrait être perçu comme un investissement prioritaire.
Il conclut que ce partenariat constitue un élément critique pour l’émergence et la réussite de plates-formes logistiques au Maroc.

La nouvelle tribune du 9/2/2006

Ajouter un Commentaire